( 2 septembre, 2015 )

Histoire du jeton

Avant la propagation de l’écriture, les jetons étaient utilisés dans les sociétés néolithiques pour aider dans les décomptes de bétails, de mesures de grains, … Les découvreurs du site de Ziyaret Tepe, qui en ont trouvé de différentes formes, sont convaincus que cet usage a continué durant l’âge du bronze :

http://blogs.uakron.edu/ziyaret/2014/07/15/press-release-for-tokens-research/

Voici une étude des différents types de jetons, et leurs datations, sur les sites archéologiques du Golf Persique, de Mésopotamie et du Levant :

http://www.wikistrike.com/article-les-66703337.html

Il en ressort que l’usage des jetons de comptage s’est étendu depuis 9000 avant J.-C. jusqu’aux environs de 2000 avant notre ère.

Les archéologues sont convaincus que certains des objets trouvés étaient utilisés dans le cadre de jeux :

http://www.gurumed.org/2013/08/21/les-pions-du-plus-ancien-jeu-de-socit/

En Europe, il s’agit d’objets souvent trouvés sur les sites archéologiques dès le Néolithique. En voici un exemple venant d’Ukraine :

http://matricien.org/2015/01/07/ukraine-archeologie-un-temple-immense-vieux-de-6000-ans-construit-par-une-civilisation-matriarcale/

En voici d’autres, du site de Corent, qui datent de l’âge du fer :

http://artefacts.mom.fr/fr/result.php?id=JTN-3001&find=CIA&pagenum=1&affmode=vign

Bien entendu, l’usage des jetons dans le cadre d’activités commerciales a cessé avec l’arrivée des pièces de monnaie.

( 27 juillet, 2015 )

Histoire du masque

A Girnavaz, en Turquie, qui s’appelait Nawila depuis au moins le 3e millénaire avant notre ère, des masques de théâtre romains ont été exhumés :

http://www.examiner.com/article/archaeologists-discover-ancient-theater-masks-turkey

En cela, les Romains n’ont fait que reprendre une tradition grecque où le masque était utilisé dans les représentations théâtrales. Des tragédies se jouaient avec des acteurs masqués. Aussi, il est possible que le masque de théâtre soit né en même temps que les tragédies. Ce serait Thespis, au 6e siècle avant notre ère, qui en serait l’inventeur :

http://jfbradu.free.fr/GRECEANTIQUE/GRECE%20CONTINENTALE/PAGES%20THEMATIQUES/theatre/savoir-plus-masques.php3

Dans les tombes Mycéniennes, au 2e millénaire avant notre ère, on a retrouvé des masques funéraires en feuilles d’or :

http://www.cliolamuse.com/spip.php?article18

Peut-être que les Mycéniens n’ont fait qu’imiter les masques des momies égyptiennes. Ils existent depuis les premières dynasties de pharaons, même s’ils subissent des dégâts dû à notre époque :

http://www.metronews.fr/info/egypte-toutankhamon-et-le-mystere-du-masque-recolle-a-la-glue/moaw!m0qSb8EyFXLuM/

Vers les mêmes siècles, en Crète, des scènes rituelles montrent aux côtés de divinités, diverses créatures qui sont des hommes porteurs de masques d’animaux.

Et que dire du masque présumé de Sargon d’Akkad :

http://www.ezida.com/tete_presume_de_sargon_l.htm

Son usage n’est pas connue, mais le lieu de sa trouvaille, le temple Ishtar de Ninive, laisse supposer une utilisation lors de cérémonies.

Mais le masque était également connu en Afrique, en Chine et dans l’Amérique Précolombienne, entre 250 et 900 après J.-C. Des masques mortuaires étaient faits en mosaïque de jade :

http://www.maxisciences.com/maya/une-exposition-exceptionnelle-de-masques-funeraires-mayas-a-paris_art21181.html

( 4 juin, 2015 )

Histoire des fêtes et des jours fériés

Dès l’âge du bronze, des fêtes étaient organisées, souvent avec des motifs religieux. En voici deux exemples :

La mythologie sumérienne mentionne, dès le 3e millénaire avant J.-C., une grande fête à Ninab (je pense qu’il s’agit de Ninive) où venait Numushda, le dieu de Kazallu, accompagné de sa femme et sa fille. Martu devait réaliser des exploits pour rendre joyeux Numushda de Kazallu.

Les historiens pensent qu’il s’agissait de déplacer des statues d’une ville à l’autre et que ce transfert était accompagné de jeux variés.

En Anatolie, au début du 2e millénaire avant notre ère, une fête d’automne de Télipinu était célébrée tous les neuf ans à Hanhana. Elle durait six jours. Cette fête était organisée par le gouverneur de Hanhana. Elle était consacrée à Telipinu qui était un dieu agraire. Il est devenu un dieu fondateur du royaume, protecteur des frontières : pour cette raison, il était plus particulièrement honoré dans les villes de Hanhana, Tawiniya et Durmitta. Pendant cette fête de Hanhana, le Prince et sa cour devaient aussi se rendre dans deux villes voisines.

Le vase d’Inandik, trouvé à Hanhana, montre des offrandes de bouillis, de céréales et de boissons, ainsi que le sacrifice d’un taureau devant l’autel.

http://moeandirene.blogspot.fr/2013/04/museum-of-anatolian-civilizations.html

On peut voir une profusion d’instruments de musique, et les habits des dignitaires de l’époque.

L’Égypte antique avait un calendrier avec 105 jours fériés. Il s’agissait de fêtes de motifs religieux, mais aussi de commémorations historiques ou de moments liés au activités agricoles (semailles, moisson, vendanges) et au cycle des saisons. Il faut aussi comprendre que, pour comparer ce nombre de jours fériés avec notre époque, dans l’antiquité il n’y avait pas de repos hebdomadaire.

En Europe, c’est le 3 juillet 321 que Constantin, premier empereur romain à s’être converti au christianisme, en s’inspirant du sabbat de la tradition juive, a institué le dimanche comme jour de repos légal.

Chez les Grecs, il semble que le nombre de fêtes tant publiques que privées se soient multipliées au fil du temps à partir de l’époque d’Homère. Vers la fin de l’Empire, le pays avait une cinquante de jours chômés officiels et beaucoup de fêtes locales ou régionales.

Les Romains célébraient une fête environ un jour sur deux : certaines correspondaient à des cérémonies avec sacrifices, d’autres à des rites qui nous semblent maintenant étranges et obscurs, et puis d’autres à des jeux.

( 11 mai, 2015 )

Histoire des épices

Vers 1800 avant notre ère, une tablette du Tell Rimah montre que le nord de l’actuel pays de Syrie s’approvisionnait déjà en épices diverses. Il s’agit du courrier, identifié T.R.4212, d’une dame Kissurum à la maîtresse de maison de nom Iltani : « En ce qui concerne le hazannu que ma maîtresse m’a demandé par tablette : il n’y a plus un seul shekel de hazannu disponible. Hier, le roi m’en a demandé pour Usi-nawir, mais il n’y en avait déjà plus et il s’est querellé avec moi : « Comment se fait-il qu’il n’y ait pas eu de commande de hazannu ici ? » Ma dame sait que je n’ai pas de hazannu disponible. En ce qui concerne la coriandre et le cumin, aussi, ma dame n’en avait pas commandé, … J’y ai remédié en écrivant. En ce qui concerne le huratum sec, ….. »

On ne sait pas ce qu’est le hazannu et le huratum. Par contre les traducteurs ont reconnu la coriandre et le cumin parmi les produits évoqués.

La plus ancienne trace de coriandre date du Néolithique, vers 6000 avant notre ère, dans la grotte israélienne de Nahal Hemar.

En Égypte, il en a été trouvé dans différentes tombes, dont celle de Toutankhamon, alors que l’épice n’était pas produite dans la vallée du Nil.

https://www.semencier.com/articles/plantes-aromatiques/99-la-coriandre.html

En Europe, c’est en Macédoine, à Sitagroi, vers 1200 avant J.-C. qu’on trouve la plus ancienne trace.

En revanche, le cumin semble être d’origine égyptienne et/ou proche orientale. Son usage s’est généralisé très tôt sur l’ensemble des continents :

http://crissoucuisine.over-blog.com/pages/CUMIN-1537938.html

On en aurait également retrouvé dans la tombe de Toutankhamon. Même si sa dénomination hiéroglyphique est incertaine, son nom akkadien, kamunu ou Kemoun, semble être mentionné dans le papyrus Ebers, au début du Nouvel Empire Égyptien.

Le commerce des épices existait donc déjà à l’âge du bronze.

( 2 avril, 2015 )

Histoire de l’apprentissage

Les tablettes de Nuzi ont été rédigées vers le milieu du 2e millénaire avant notre ère. Leur étude a montré que certaines professions étaient exercées par des membres d’une même famille sur plusieurs générations. Il en était ainsi pour les métiers de scribe, de gardien de porte de ville, de juge, de conducteur de char, de barbier, de berger, …

Toutefois, il existait aussi des contrats d’apprentissage, parfois associés à des adoptions, permettant d’intégrer un jeune externe à la famille. C’était le cas, pour le métier de barbier : l’avantage de la formule était qu’en plus de la transmission du savoir lié au métier, il y avait un transfert de propriété du fond de commerce au décès de l’artisan.

Pour en revenir à l’apprentissage de l’écriture, Alfonso Archi a reconstitué les arbres généalogiques de plusieurs familles de scribes. 

http://www.academia.edu/10840999/The_Tradition_of_Professions_within_Families_at_Nuzi_for_the_published_volume_see_http_www.eisenbrauns.com_item_RAI57_

Le métier de scribe nécessitait un apprentissage long. De ce fait, la profession était le plus souvent transmise aux enfants des familles qui les exerçaient déjà par leur parent, voir leur oncle.

Toutefois, il existait aussi des écoles de scribes : à Nippur, il a été retrouvé de nombreuses tablettes d’écoliers et d’apprentis scribes.

Il en existait aussi en Égypte :

http://www.larecherche.fr/savoirs/archeologie/ecole-scribes-ramses-ii-01-10-2004-88427

Ces savoir-faire étaient reconnus par les pays voisins et étaient exportés : la traduction des tablettes d’Anatolie du début du 2e millénaire avant notre ère a permis de reconnaître, parmi les noms des auteurs des écrits, des originaires des pays de Syrie et Mésopotamie.

( 3 mars, 2015 )

Histoire des actes de divorce

Dans l’Égypte antique, le mariage était le fait d’habiter sous un même toit. Le divorce était principalement consécutif à l’adultère : chez la femme du peuple cela pouvait aboutir à la condamnation à mort. Ces moments de la vie ne faisaient pas l’objet d’actes juridiques.

En Mésopotamie et en Syrie, s’étaient les hommes qui décidaient de l’avenir de leurs enfants. Comme il y avait, le plus souvent, une contrepartie financière ou matérielle, autant le mariage que le divorce faisaient l’objet d’une acte matérialisé. Toutefois, les tablettes retrouvés par les fouilles ne révèlent sans doute que les pratiques de la partie de la population la plus riche.

Voici l’exemple d’un acte de divorce, datée au milieu du 2e millénaire avant notre ère, issu de la région de Kirkouk, l’ancienne Arrapha :

Voici ce que dit Hut-Tesup, fils de Sehel-tesup : « Je me suis marié à Ummeja, fille de Ipsa-Halu, fils de Hamanna et maintenant, ici, je divorce avec cette femme Ummeja et j’ai enlevé ses vêtements de la maison, et je ne revendiquerai pas Ummeja. Et, moi-même, je donne 5 moutons à Ipsa-halu ».

Voici ce que dit « Ipsa-Halu » : « Ici même, je détruis la tablette concernant l’argent que j’ai demandé à Hut-tesup il y a quelques temps. Et je ne revendiquerais rien concernant cet argent en respect de Hut-tesup. Je prends les 5 moutons donnés par Hut-tesup et je libère Hut-tesup de toute dette. »

Quiconque des deux parties rompt cet agrément et fait des poursuites devra payer 1 mine d’argents. Témoins :

Dans « les Assyriens et leurs femmes anatoliennes », Cécile Michel a étudié les différents types de contrats de mariages et de divorces trouvés à Kanès, dans l’actuelle Turquie, au début du 2e millénaire avant notre ère. Ainsi, un marchand assyrien pouvait décider de retourner à Assur pour ses vieux jours. Il était alors à l’origine de la séparation. Il devait assurer des revenus à l’épouse anatolienne, sous la forme d’une indemnité de divorce, et assurer un avenir aux éventuels enfants.

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00667570/document

En Grèce antique, le divorce existait sous des formes diverses selon les cités, non éloignées des pratiques assyriennes : seul le mari avait le droit de répudier son épouse. Le divorce est davantage formalisé vers les périodes plus récentes : des documents légaux prennent acte du divorce et en déterminent les conséquences, notamment en ce qui concerne la dot qui pouvaient alors être restituée à l’ex-épouse.

A Rome, les pratiques étaient similaires : le mari pouvait répudier son épouse pour stérilité, tentative d’avortement, à condition de restituer la dot à la famille de celle-ci. Les femmes n’acquièrent le droit au divorce qu’au début de l’empire.

Montesquieu s’était intéressé, de son temps, à l’histoire du divorce : « On raconte partout que le premier divorce n’eut lieu à Rome que vers 234 ou 231 avant J.-C., lorsque Sp. Carvilius Ruga répudia sa femme […] Sp. Carvilius fut le premier qui, divorçant en dehors des circonstances prévues par la loi de Romulus, trouva moyen de se dispenser de restituer à sa femme l’équivalent de sa dot. Il y échappa en prétendant qu’il s’était marié pour avoir des enfants et que sa femme était stérile, et il en profita pour ne pas lui restituer sa dot. »

( 24 février, 2015 )

Histoire du contrat de mariage

Dans l’Égypte antique, le mariage était le fait d’habiter sous le même toit. Pour cela, il n’y avait pas de procédure administrative ni religieuse : le consentement des époux suffisait. La femme était libre de choisir son époux et, le plus souvent, le père ne contrecarrait pas les désirs de sa fille.

En Mésopotamie et en Syrie, s’étaient les hommes qui décidaient de l’avenir de leurs enfants. La forme différait selon les statuts sociaux et selon l’origine de la femme. Qu’elle soit princesse, servante ou esclave, le père pouvait marier sa fille comme il l’entendait, contre argent ou la faire adopter par un tiers ou la vendre comme servante, voire esclave s’il était débiteur d’une dette qu’il ne pouvait pas rembourser.

Toutefois, les textes des tablettes retrouvées par les fouilles ne révèlent sans doute que les pratiques de la partie de la population la plus riche. Certains actes juridiques ressemblent à des contrats de mariage, souvent associés à une contre-partie entre les parents des mariés sous forme de cadeaux, ou d’argent.

Ainsi, issu des archives de Kanès, vers le début du 2e millénaire avant notre ère, la tablette 161a, un contrat de mariage par achat, stipule :

« Supi-elka a reçu 15 sicles d’argent, prix de Hamananika. Soit ses frères, soit sa mère, personne ne la revendiquera à Assur-malik. Assur-malik n’épousera pas d’autre femme dans Kanis, Burushattum, Durhumit ou Wahsusana. Il conduira sa jeune femme là où cela lui plaira. Témoins : … ».

Il faut noter, dans ce texte, qu’une limite est imposé au mari : il n’avait pas le droit d’épouser une autre femme en Anatolie, mais, sans doute, il en avait déjà une autre en Assyrie.

Cécile Michel, dans « les Assyriens et leurs femmes anatoliennes», a étudié les différents types de contrats de mariages trouvés à Kanès :

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00667570/document

Hérodote dit bien que les femmes assyriennes ne disposaient pas des mêmes droits que les hommes et étaient traitées comme des esclaves.

Pourtant, en Grèce antique, la condition féminine n’était guère différente. C’était le « kurios » (tuteur) de la jeune fille, généralement son père, qui choisissait pour elle un mari.

A Rome, des traces de ces anciennes pratiques subsistaient, même s’il y avait d’autres formes de mariages : au bout d’une année de vie commune, un couple était considéré comme marié. Lorsque la femme choisissait de rester seule, elle pouvait faire les mêmes choses qu’un homme libre.

( 14 janvier, 2015 )

Histoire de la chirurgie

Le papyrus Edwin Smith de l’Égypte antique est un traité de neurochirurgie du milieu du 2e millénaire avant notre ère. Il montre que le médecin-trépanateur était accompagné d’un homme chargé de limiter les saignements.

http://www.futura-sciences.com/magazines/sante/infos/dossiers/d/medecine-plus-grandes-decouvertes-medecine-1830/page/3/

Auparavant, des actes de chirurgie ont été constatés en Anatolie, sur des crânes vieux de 5000 ans :

http://discovermagazine.com/2011/apr/08-bronze-age-brain-surgeons

C’est le résultat de fouilles de sites de l’âge du bronze du nord de l’Anatolie.

En effet, c’est d’abord sur le tell d’Ikiztepe, situé à l’embouchure du Kizilirmak, très proche de la mer Noire, que de telles traces ont été trouvées parmi les 690 squelettes exhumés, avec une paire de rasoirs taillée dans une pierre d’origine volcanique, qui semble avoir été l’instrument utilisé.

Depuis 2010, ces fouilles ont été réactivées avec une équipe de 34 personnes sous la conduite de Önder Bilgi. Le tell est probablement l’ancienne ville de Zalpuwa ou Zalpa :

http://histoire-antiquite-de-bob.overblog.com/2015/01/le-site-de-ikiztepe-etait-la-ville-de-zalpuwa.html

Mais une opération chirurgicale semblable apparaît aussi sur un squelette de marchand assyrien venu faire du commerce en Anatolie. En effet un même constat a été effectué sur un crâne vieux de 4000 ans, trouvé sur le site de Kultepe, près de Kayseri-Sivas, l’ancienne ville de Kanes ou Kanesh.

D’après le docteur Handan Üstündağ, des traces de drainage et les formations osseuses montrent que le patient a survécu à l’opération :

http://www.todayszaman.com/news-217000-evidence-found-of-brain-surgery-4000-years-ago.html

A la fin du 3e millénaire avant notre ère, les Assyriens commerçaient tout autour de l’Anatolie. Mais il n’est pas sûr qu’ils soient à l’origine de ces pratiques médicales. Au contraire, ils semblent avoir bénéficié d’un savoir-faire d’un peuple installé autour de la mer Noire.

En effet, en Europe, de tels actes ont été constatés sur des squelettes du Néolithique, voire du Mésolithique, comme le relate « Paul du Chatellier » il y a près de deux siècles :

http://www.notrepresquile.com/recits/voyages/squelettes-lostmarch.php

( 2 janvier, 2015 )

Les Amazones du nord de l’Anatolie

Voici le témoignage de Platon au sujet de la présence, de son temps, d’Amazones autour de la mer Noire : « Je sais à n’en pas douter qu’aujourd’hui même il y a aux environs de la Mer Noire un nombre prodigieux de femmes appelées Sauromates, qui, suivant les lois du pays, s’exercent ni plus ni moins que les hommes, non seulement à monter à cheval, mais aussi à tirer à l’arc et à manier toute sorte d’arme ».

http://www.cosmovisions.com/$Amazones.htm

Strabon nous a informé que le nom de sa ville de naissance, Amasia, est dû à celui de la reine des amazones appelée « Amasis ». Avant lui, dans la même région, Hérodote a évoqué Thermiscyra, ou Themiscyra, sur le Thermodon, comme principale ville des Amazones. Je pense que cette cité était probablement l’antique Durhumit (cliquez sur le lien pour avoir plus d’informations), une place de commerce des marchands assyriens du début du 2e millénaire avant notre ère, tout aussi importante que celle de Kanès.

Ce n’est pas par hasard si la légende des Amazones se conjugue avec celle des marchands assyriens : durant l’époque hittite elle a commencé à prendre forme par des textes relatifs à la « légende de Zalpa » où trente fils de Kanès, soumis aux caprices du grands fleuve jaune, avaient été recueillis à Zalpa, au bord de la mer et donc dans la région des Amazones. Bien plus tard, de retour à Kanès, où ils n’ont pas été reconnus, ils leur avait été proposés d’épouser leurs sœurs. Ce qui constituait alors un tabou local : il était interdit d’épouser une fille de sa famille, alors que s’était semble-t-il accepté en Assyrie tout comme en Égypte.

La traduction des textes de Kanès montre que bien souvent il était alors admis que ces marchands assyriens puissent avoir une épouse dans leur pays d’origine et une autre en Anatolie, mais qu’il était mal vu qu’ils puissent épouser leur sœur. Par exemple, 161a est un contrat de mariage par achat qui stipule : « X n’épousera par d’autre femme dans Kanis, Burushattum, Durhumit ou Wahsusana. Il conduira sa jeune femme là où cela lui plaira.». De cette clause, il est possible d’en déduire qu’il n’était toutefois pas accepté qu’un marchand puisse avoir une épouse dans chaque ville d’Anatolie, mais qu’il pouvait en avoir ailleurs.

Cette facilité est peut être à l’origine de la légende des Amazones : dans cette région, des individus de tradition patriarcale en ont rencontré d’autres de tradition matriarcale. Les sociétés matriarcales d’alors étaient celles où les hommes s’absentaient pendant de très longues durées. Je pense qu’il pouvait y avoir des raisons telles que des campagnes de chasse (pour les Sauromates et les Scythes), mais aussi des guerres ou des navigations sur de longues distances.

( 25 novembre, 2014 )

Mita de Pahhuwa

Des tablettes de Hattusa (CTH146, KUB XXXII, …) évoquent un dénommé Mita de Pahhuwa. Il avait épousé la fille d’un ennemi du roi hittite d’alors. Un ultimatum rédigé par le grand roi hittite avait été envoyé à Pahhuwa pour que Mita, sa famille et des biens lui soient remis. Bien qu’un traité (XXXII 72) stipulait que Mita avait mis ses guerriers à la disposition du grand roi, Mita était intervenu en Isuwa et avait brûlé des villes du pays de Kummaha avant de rentrer à Pahhuwa. Pour cette raison, en final, Mita a été livré au grand roi et ses sujets répartis dans une quinzaine de localités, dont Sullamma (Solyma ?), Zanzaliya (Zinziluwa?), Lillima, Hinzuta, Watarusna (Wattaruwa?), Tahhisa (Tarsa?), Halma (Walma ?), ont dû prêté serment au roi, à la reine et à leurs descendants. Le texte mentionne des anciens des pays d’Isuwa, de Pahhuwa, de Zuhma, de Maldiya et l’homme de Pattiyariga. Les anciens sont généralement des hommes déplacés : aussi, les faits relatés semblent être d’importants mouvements de populations du Nord vers le Sud, notamment vers la Cilicie.

Il y a lieu de se demander si Mita n’est pas à l’origine du nom du pays « Mitanni », qui signifierait « Les fils de Mita » en Hourrite.

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