( 4 novembre, 2013 )

Histoire de la chaise à porteur

La chaise à porteur a été très utilisée en France du temps de la royauté. Mais savez-vous qu’elle existait déjà à l’âge du bronze ?

http://www.thouars.fr/vah/decouverte/mercredisdelhistoire/lestresorsdumusee/lachaiseaporteursdumuseehenribarre.htm

En effet, plusieurs tablettes des archives de Mari, vers la première partie du 2e millénaire avant notre ère, évoquent des travaux sur un « nûbalum » recouvert de feuilles d’or. Jean-Marie Durand, dans le tome I des « Documents épistolaires du palais de Mari », après avoir remarqué que des couples de domestiques étaient affectés au maniement de l’objet, considère qu’il s’agit d’une chaise à porteur. (Tablettes XIII 18 et XIII 21)

Or, en Égypte, découvert inviolé, le tombeau de la reine Hetephérès, qui a vécu vers le 26e siècle avant J.-C., a livré une magnifique chaise à porteur :

http://www.ancienempire.net/article-la-tombe-d-hetepheres-67999968.html

http://antikforever.com/Egypte/Reines/hetepheres_I_II.htm

Il faut savoir que plusieurs reines portaient le nom d’Hetephérès. La première est à l’origine des pharaons constructeurs des pyramides, notamment de Khoufou ou Khéops. Bien que sa tombe ait été retrouvée inviolée, avec les vases canopes, sa momie n’y était pas. Zahi Hawass a avancé l’hypothèse d’une installation du corps de la Reine dans une des trois petites pyramides proches de celle de Khoufou.

En Inde, appelée palanquin, la plus ancienne mention de chaise à porteur remonte au 3e siècle avant J.-C.

En Chine, le même véhicule, porté par quatre hommes, existait durant la dynastie des Han, vers les débuts de notre ère. Lors des fêtes religieuses ou des cérémonies officielles, le souverain était transporté ainsi en public, à bras d’hommes. Plus tard, en Amérique du Sud, les Incas en faisait le même usage.

( 28 octobre, 2013 )

Histoire des dépôts de fondation

Un dépôt de fondation est, le plus souvent, un objet déposé au tout début d’une construction importante. Autrefois, il était accompagné d’une cérémonie, semblable à celle des premières pierres d’aujourd’hui.

Cette coutume remonte au 3e millénaire avant J.-C. aussi bien en Égypte qu’en Mésopotamie.

En Égypte, des bas-reliefs de Dendérah racontent le rite de fondation d’un temple :

http://www.egyptos.net/egyptos/pharaon/le-rite-de-fondation-d-un-temple-egyptien.php

Voici, par exemple, le dépôt de fondation du temple de Deir el-Bahari :

http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/depot-de-fondation-du-temple-de-deir-el-bahari

En Mésopotamie, le site de Tellô a livré de nombreux exemples : des outils miniaturisés, des objets précieux, des ossements d’animaux sacrifiés, mais aussi des  documents inscrits. Par exemple à Uruk, les constructions se sont opérées après le dépôt symbolique d’une brique ou d’un clou avec une inscription en mémoire du roi à l’origine du monument ou de sa réfection. Ainsi, une brique de l’Eanna stipule : « Sin-Kâsid, fils de Nin-sun, roi d’Uruk, constructeur de l’Eanna. »

Les phéniciens avaient également cette pratique culturelle. Voici un veau d’or qui a servi de dépôt de fondation à Byblos :

http://louvre-passion.over-blog.com/article-4304785.html

En Crète, des dépôts de fondation ont aussi été trouvés lors des fouilles des palais de Zakros, de Phaistos et de Malia. Sous ce dernier monument, c’était une boîte quadrangulaire dans laquelle se trouvait une céramique ressemblant à une théière en forme d’oiseau.

( 21 octobre, 2013 )

L’histoire antique des Mathématiques

Des tablettes de mathématiques ont été trouvées en Mésopotamie, à Nippur, datées du troisième millénaire pour les plus anciennes.
Elles étaient destinées à la formation des scribes, afin qu’ils puissent avoir les bases nécessaires à leur métier. Les exercices consistaient en des mesures de poids, de surfaces, de volumes et de longueur. Il y avait des listes de conversions et de tables numériques pour aider dans les calculs (inverses, multiplications, carrés, racines carrées, racines cubiques).

Au cours de son enseignement, le futur scribe devait mémoriser 42 tables en système sexagésimal :

  • une  table d’inverses,

  • 38 tables de multiplication,

  • une table de carrés,

  • une table de racines carrées,

  • une table de racines cubiques.

Christine Proust est l’auteur de plusieurs ouvrages sur ce sujet, elle a, notamment, tenté de dater les principales tablettes en question :

http://culturemath.ens.fr/content/le-calcul-sexagesimal-en-mesopotamie-2461

Côté égyptien, de la deuxième période intermédiaire, traitant essentiellement de problèmes d’arpentage, il y a le papyrus Rhind. D’une longueur de cinq mètres sur trente-deux centimètres de large, il contient 87 problèmes résolus. Les Égyptiens utilisaient un système de numération décimal, sans connaître le zéro.

http://serge.mehl.free.fr/chrono/Ahmes.html

Les Grecs étaient plus orientés vers la géométrie. Vers 600 avant J.-C., Thalès de Milet en a énoncé les bases : un diamètre partage le cercle en deux arcs égaux, les angles opposés par le sommet sont égaux, un triangle rectangle est inscrit dans un demi-cercle, …

Pythagore de Samos , Philolaos de Crotone, Hippocrate de Chio, Zénon d’Elée, Euclide, Archimède sont d’autres Hélènes célèbres qui ont fait avancer la géométrie.

Les Romains avaient un système de numération inapte au développement des calculs. Ils ont peu contribué au développement des mathématiques.

( 15 octobre, 2013 )

Construction d’édifices religieux

Dans nos contrées, les églises et les cathédrales illustrent notre histoire religieuse. Dans l’antiquité, de même, selon les civilisations, des édifices caractérisaient les croyances d’alors.

A Rome, il y avait les temples de Quirinus, Mars et Jupiter, mais aussi de Saturne sur le Capitole. Les temples romains provenaient des étrusques, mais avec des influences grecques.

http://www.civilisation-romaine.com/la-religion-romaine/le-temple-romain

Sur les territoires conquis, les romains favorisaient, voire développaient, les cultes et les monuments dédiés aux divinités locales.

En ce qui concerne les Grecs, ils ont aussi construit des temples pour leurs divinités. Par exemple, à Syracuse il y avait un temple d’Apollon, un temple de Zeus et un temple d’Athéna. La fonction première du temple grec était d’abriter la statue de la divinité adorée, avec les offrandes qui lui étaient faites. La plupart du temps, les rites avaient lieu à l’extérieur du temple :

http://hellada.free.fr/architecture.html

Chez les Minoens et les Mycéniens, la distinction entre les habitats et les constructions religieuses n’est pas complètement établie.

Des Égyptiens, on connaît surtout leurs tombeaux et leurs mastabas. Ils ont aussi construits de nombreux temples pour leurs dieux :

http://temple.egyptien.egyptos.net/temples/temples.php

Mais la palme des constructions religieuses revient aux Sumériens, vers le 3e millénaire avant J.-C. Les textes traduits des nombreuses tablettes cunéïformes évoquent les divers édifices d’alors, et les rois commanditaires : par des constructions de temples, les personnages importants se devaient d’honorer leurs dieux. Et comme ils étaient nombreux, les monuments l’étaient d’autant plus. Par exemple, les fouilles de Nippur ont exhumé plus de cent temples.

http://antikforever.com/Mesopotamie/Sumer%20Akkad/nippur.htm

Certains voient en Gobekli Tepe, en Anatolie, vers 10 000 avant notre ère, l’un des premiers temples au monde :

http://www.wikistrike.com/article-gobekli-tepe-le-plus-ancien-temple-de-l-humanite-68011054.html

( 10 octobre, 2013 )

La navigation commerciale sur les grands fleuves

Les pyrogues monoxyles sont les premières traces de navigation sur les rivières attestées au Mésolithique, il y a plus de 8000 ans. En voici un inventaire sur l’Europe :

http://marine-antique.net/Les-pirogues-monoxyles-en-Europe

Au 3e millénaire avant notre ère, les navigations sur le Nil, le Tigre et l’Euphrate sont prouvées et documentées aussi bien par les hiéroglyphes égyptiens que par les tablettes cunéiformes mésopotamiennes.

Les textes d’Ebla évoquent ce sujet : la tablette ARRET 2 29 mentionne la vente de 260 moutons à Mari, depuis Harran, par Gida-Na’im d’Ebla, la transaction indique que le prix est équivalent à celui du bateau et du mât. Les Eblaïtes utilisaient le plus souvent les embarcations des Mariotes, notamment des bateaux dits « rapides ».

Les informations les plus précises proviennent des archives de Mari, vers 1800 avant notre ère. Elles montrent que différentes embarcations naviguaient sur l’Euphrate : de simples barques, des radeaux, des navires de transports de marchandises de divers tonnages en passant par des gros porteurs, qui, le plus souvent, étaient détruits ou revendus une fois arrivés à destination.
Certains, notamment les modèles égyptiens les plus anciens (voir ci-dessous), devaient être en mesure de naviguer à la fois sur les fleuves et sur mer. Les bateliers ou guildes étaient indépendants du pouvoir politique. Ils savaient fabriquer et manœuvrer leur embarcation.
La
tablette A.2407 est ainsi libellée : « J’ai fait parvenir 200 troncs d’arbres débités en planches au quai de Carkémish. 60 hommes doivent aller en amont, à Emar, à ma rencontre. Pour qu’ils réalisent leur tâche, il faut qu’un nautonier, ou quelqu’un qui connaisse l’art du pilotage viennent avec la troupe. »

La région de Tuttul était spécialisée dans la construction de barques ou de bateaux.

Sur le Nil, au Bronze Ancien, les mastabas montrent de grands bateaux de bois à fond plat manœuvrées par de nombreux rameurs occasionnellement assistés d’une voile. Vers 2780/2280 avant J.-C., certaines de ces embarcations font plus de 45 m de long et sont manœuvrées par 60 rameurs.

http://www.philippe-gavet.com/02/07/index.html

Les barques dites solaires de Khéops en sont des exemples :

http://www.lepoint.fr/actu-science/une-deuxieme-barque-solaire-a-kheops-22-06-2011-1344862_59.php

Les troncs d’arbres nécessaires à la construction de la coque venaient d’ailleurs. Le Liban, avec ses forêts de cèdres, à toujours été une source d’approvisionnement. Et puis, la réalisation de ces embarcations nécessitait des outils de bronze et donc de l’Etain. Là aussi, seul le commerce de longue distance peut expliquer les moyens mis à la disposition aux pharaons de l’Ancien Empire.

Pour le transport des pierres et des obélisques, les Égyptiens utilisaient d’énormes barges pouvant supporter plusieurs centaines de tonnes.

Hérodote nous a laissé une bonne description des embarcations du Nil vers le Ve siècle avant notre ère : « Leurs bateaux de transport des marchandises sont faits de bois d’acacia ; un arbre qui ressemble au lotus de Cyrène et dont la sève donne une gomme. De cet acacia donc, ils débitent des planches longues de deux coudées, et les assemblent comme des briques. Pour lui donner la forme d’un vaisseau, ils le traversent de longues chevilles qui attachent les planches les unes aux autres. Lorsqu’ils les ont ainsi ajustées en forme de navire, ils façonnent le pont au moyen de poutres transversales : ils ne font point de côtés pour soutenir les flancs, mais intérieurement ils calfatent les joints intérieurs avec du papyrus. Ils n’y installent qu’un seul gouvernail qui traverse la quille. Le mât est en acacia, les voiles sont en papyrus. Les barques de ce type ne peuvent remonter le courant, sauf par vent violant. Autrement elles sont halées depuis le rivage. En descendant du fleuve, voici comment on les manœuvre : au moyen d’un radeau fait de bois de tamaris tenu par une natte de joncs et d’une pierre trouée du poids de deux talents. Le radeau, attaché à l’avant de la barque, au moyen d’un câble, descend au fil de l’eau, tandis que la pierre est, au moyen d’un autre câble, attachée à l’arrière de la barque. Le courant s’empare du radeau, qui est rapidement emporté et entraîne la barque. La pierre qui traîne par derrière et râcle le fond du fleuve maintient
l’ensemble en ligne droite. Ces bateaux dont très nombreux sur le Nil. Quelques-uns portent une charge de plusieurs milliers de talents.»

Voilà qui est très précis : la plupart des bateaux ne savaient remonter le courant qu’en étant halés. Cette information très importante n’a pas été exploitée par nos historiens, elle justifie la mise en place de circuits privilégiés pour les bateaux de commerce de longues distances, dont voici un exemple :

http://histoire-antiquite-de-bob.overblog.com/les-probables-circuits-commerciaux-du-3e-mill%C3%A9naire-avant-notre-%C3%A8re

( 4 octobre, 2013 )

Histoire de l’ambassade

Les archéologues et historiens de l’âge du bronze, en Syrie-Palestine, ont constaté la mise à disposition de locaux aux rois des pays amis dans les principales capitales fouillées. Ainsi,Yasmah-Addu, un roi de Mari, possédait une maison à Subat-Enlil et une autre à Ekallatum. Zimri-Lim, autre souverain de Mari, avait une maison à Alep.

Etait-ce à des fins commerciales ? Ou était-ce une façon d’améliorer, comme aujourd’hui grâce aux ambassades, les relations et la communication entre les pays ?

La réponse est clairement donnée par la tablette L.87-939 exhumée à Tell Leilan. Il s’agit d’une lettre de Sukrum-Tessub d’Eluhut à Till-Abnu de Subat-Enlil : « Tu m’as écrit : Pourquoi les relations sont coupées ? Pourquoi tes messagers ne viennent pas chez moi ? Voilà ce que tu m’as écrit. […] Mais depuis longtemps la maison d’Eluhut n’a pas reçu de tablette de ta part. […] Je me suis dit : Apparemment il ne veut pas la paix avec moi. […] Mais la maison d’Eluhut est ta maison et la maison de Subat-Enlil est ma maison. […] Et la maison que je demande dans Subat-Enlil tu ne dois pas la donner à quelqu’un d’autre, et alors je te donnerai une maison dans Eluhut, et je peux te donner la ville que tu souhaites. »

La dernière phrase doit sans doute signifier : « je peux te donner une maison dans la ville que tu souhaites ».

Mais il est probable que, entre les grands pays, c’était une ville entière qui était échangée, notamment afin d’améliorer le commerce. Je pense probablement à :

  • la  ville d’Opis par rapport au pays d’Apu ;

  • Nuzi,  ville du monde hourrite avant leur installation en  Haute-Mésopotamie ;

  • la ville de Kish par rapport à Kesh ou Koush ;

  • .

Aussi, même si les guerres étaient fréquentes, la diplomatie a eu également sa place durant l’âge du bronze.

( 16 septembre, 2013 )

Histoire de la harpe

Les premiers exemplaires de harpe datent du 3e millénaire avant J.-C. Ils ont été trouvés en Mésopotamie, en Égypte et en Grèce, sans qu’on puisse départager ces zones géographiques sur l’antériorité.

Dans le pays de Sumer, les tombes d’Our ont révélé plusieurs harpes décorées de tête de taureau :
http://www.cliolamuse.com/spip.php?article419

D’Eshnunna nous est parvenu cette figurine en terre cuite cuite datée du début du 2e  millénaire :
http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=24781

Les tombes de la vallée du Nil ont révélées de nombreuses reproductions de harpistes. Il faut notamment mentionner :

  • durant  l’Ancien Empire : Ptahhotep ;

  • Au  Moyen Empire : Akhethetep ;

  • Au  Nouvel Empire : Rekhmiré, Nakht, Méryré, Horemheb.

Voici une harpe de type trigone du début du Nouvel Empire :

http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/harpe-triangulaire

Maintenant une stèle en bois de la troisième période intermédiaire :

http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/stele-le-musicien-djedkhonsouiouefankh-ankh-joue-de-la-harpe-devant-le-dieu-re-horakh

Sur la plupart des représentations, les musiciens sont des aveugles.

Une chanson, dite du « joueur de harpe », a été traduite de différents textes hiéroglyphiques :

http://www.ancientegyptonline.co.uk/harper-song.html

Dans les îles égéennes, des idoles de marbre joueurs de harpe ont été trouvées à Théra, à Cos et à Kéros. Voici celle de Kéros, qui est datée de 2800 à 2300 avant notre ère :
http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/UVLibre/9900/bin74/pgharpe.htm

Cet instrument de musique s’est ensuite répandu à travers les diverses civilisations et tous les continents.

( 5 septembre, 2013 )

Au sujet de la localisation d’Agadé, la capitale de l’empire Akkadien

Voici, issu des archives de Mari, le texte sur Agadé, qui montre que sa localisation était encore connue par les gouvernants du 18e siècle avant notre ère. Il s’agit de « I 36 », qui est une lettre Samsi-Adu à son fils Yasmah-Addu, roi de Mari : « Jusqu’au 20 de ce mois, je résiderai en Agadé. Ensuite, je remonterai le fleuve jusqu’à la Ville. Mais, toi, tu ne viendras pas avec moi. Attends 5 jours à Râpiqum, après mon départ, et lorsque ce mois-ci n’aura plus que 5 jours, pars pour Mari. … ». Une inconnue subsiste quant au nom du fleuve remontée. Une autre existe sur « la Ville » de destination de Samsi-Adu : pour certains ce serait Ekallâtum, pour d’autres Subat-Enlil, mais ce peut être Subat-Samas ou le nom d’une localité qui s’appelleainsi « la Ville ». L’analyse des nombreux textes de Samsi-Adu ne permet pas de trancher, et cela d’autant plus que ce souverain était extrêmement mobile.

http://antikforever.com/Mesopotamie/Sumer%20Akkad/akkad.htm

A mon analyse, il existe deux autres textes des archives de Mari qui, complétés de ceux de Tell Bia (Tuttul), donnent des informations plus précises.

Voici tout d’abord un extrait de la tablette VI 76 : Lorsque nous arrivâmes au camp d’Appân, j’ai dit ceci à mon Seigneur : « Le pays benjaminite t’est livré. Or, ce pays-ci est revêtude l’habit ak kadien (traduction non sûre pour « revêtu de l’habit »). Il faut que mon Seigneur honore la capitale de la royauté. De même que tu es roi de Bédouins, tu es aussi, en second lieu, roi d’un territoire akkadien. Mon seigneur ne doit donc pas monter sur des chevaux. C’est sur un nûbalum et sur des mules que mon Seigneur doit monter afin d’honorer sa capitale. » Voilà le discours que j’ai tenu à mon Seigneur. Je pense qu’il y a lieu de comprendre que les voyageurs, arrivés au camp d’Appân, sont très proches de l’ancienne capitale d’Akkad. Et que donc une étape possible pour trouver la localisation d’Akkad est de déterminer celle d’Appân. Or ce dernier toponyme apparaît à la fois dans d’autres textes de Mari et dans ceux de Tuttul.

En plus, sur le tell Bi’a, les archives d’un gouverneur de nom Sumhu-rabi ont été trouvées, confirmant que ce personnage a été gouverneur de Tuttul pendant au moins trois ans. Les similitudes entre les tablettes « A.2 » (de Sumhu-rabi) et « A.250 » (de Sumu-hadû), qui évoquent toutes les deux une ville de Der et le Balih, montrent en fait qu’Appan, Humsan et Sehrum étaient proches du Balikh, dans les environs de Tuttul. Sûmû-hadû apparaît y être un gouverneur plus tardif, sous Zimri-Lim.

Ceci est conforté par XIV 7 du gouverneur de Saggaratum qui rapporte des chutes de grêle dans sa région, puis les propos d’un grand prêtre de Dagan à Tuttul : Il s’est mis à déclarer « …..(lacune)…. il a fait s’abattre à terre. Depuis le temple de Dagan de Sarri Amnânum jusqu’à la propriété de Sumu-hadu qui est sis à Manhama, il a frappé de plein fouet sur une surface de 20 arpents la propriété de Sumu-hadu puis, tout aussitôt, il est monté vers la limite de la steppe.  A part ce grain qui se trouve complètement détruit, il n’y a pas eu d’autre dégât ». Ici le temple de Dagan, attesté à Tuttul, est qualifié de « Sarri Amnânum ». Un toponyme Sarri a été identifié vers Qabrâ, mais un autre est certifié le long de l’Euphrate, en amont de Terqa, notamment par XIII 123 et XIV 83. Zarri, Sahru, Sarrum ou Sehrum doivent se référer à un de ces deux lieux, probablement à l’origine de la dénomination « Syrie ». Quant à Amnânum ou Amnân, il désigne la tribu dont est issue la plupart des dirigeants de cette époque.

Les fouilles de Tuttul ont concerné plusieurs tells. Le temple de Dagan a été trouvé à l’Est du tell principal. Il est possible que ce soit un de ces tells qui était désigné par « Sarri » ou « Sahru ». Toutefois, Jean-Marie Durand considère que cette ville devaient se trouver sur une île de l’Euphrate. Pour moi, ce lieu est celui désigné « Sharou » « Tjarou » ou « Sharouhen » par les hiéroglyphes égyptiens : c’est celui où les Hyksos ont été battus après trois ans de siège, et ce serait celui qui s’appelait Agadé (voir l’article «  Sharouhen=Agadé? »).

Bob Gastineau

( 2 septembre, 2013 )

Histoire des fortifications urbaines

Les tablettes des archives de Mari relatent, entre autre, l’insécurité ambiante des villes de Haute-Mésopotamie, vers le début du deuxième millénaire avant notre ère. Les puissants d’alors accroissaient leur territoire par la conquête de nouvelles villes. Toutefois, ces dernières anticipaient les raides extérieurs par la construction de fortifications : d’épais murs tout autour de la ville. Les assaillants construisaient des rampes d’accès en terre ou des tours mobiles en bois pour assaillir ces bastions.

Vers le Levant, le maximum d’insécurité semble s’être situé vers le 23e siècle avant J.-C. : c’est ce que montrent les fouilles des tells du IIIe millénaire, des destructions sont constatées à l’époque de Sargon d’Akkad. Une généralisation des fortifications urbaines datent au moins de cette époque.

Mais les premières villes fortifiées datent des débuts du troisième millénaire avant notre ère. Les fouilles archéologies ont exhumé des murailles à Jericho, Tell el-Far’ah ou Tel Yarmouth. Il semble que l’abandon des maisons rondes va de paire avec la fortification des villes : les maisons rectangulaires pouvaient ainsi plus facilement s’adosser au mur d’enceinte.

En Mésopotamie, la ville d’Ourouk est fortifiée vers cette même époque.

Ce phénomène semble s’être propagé bien au-delà de la Mésopotamie et la Syrie-Palestine, notamment vers l’Anatolie et les Cyclades.

Ainsi la ville de Troie semble avoir été fortifiée dès sa création, entre 3000 et 2500 avant J.-C.

En ce qui concerne l’Europe de l’Ouest, une première ville fortifiée a été retrouvée en Espagne, elle date de 2200 avant notre ère :

http://decouvertes-archeologiques.blogspot.fr/2012/10/une-fortification-vieille-de-4200-ans.html

( 25 août, 2013 )

Histoire du métier de médecin

En Egypte, vers 2670 avant JC, Imhotep l’architecte de la pyramide de Djoser était aussi astronome, astrologue, mais également reconnu comme médecin.

Certains traités de médecine égyptienne dateraient de son époque. Un de ces papyrus est réputé avoir été écrit par ce célèbre personnage.

http://www.medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/medphar.html

En Mésopotamie, des textes de médecine existaient dès la fin du 3e millénaire avant notre ère. Au début du millénaire suivant, ce métier était exercé par deux spécialistes complémentaires, l’ « asu » et l’ « asipu », le premier ressemblait plus à notre médecin actuel (il prescrivait de remèdes à base de plante, il pouvait pratiquer des actes de chirurgie) alors que le second officiait dans les temples, effectuait des rituels et des incantations, et était en charge du pronostic.

Les gouvernants étaient très attentifs au choix de leurs médecins et aux médicaments prescrits. Voici un texte de Mari qu’on pourrait croire d’aujourd’hui : « Le remède contre l’accès de fièvre du médecin de l’administration, mon Seigneur l’a déjà éprouvé. Mais le remède contre l’accès de fièvre du médecin de Mardaman, je l’ai moi-même essayé et il a été efficace. Je l’ai essayé plusieurs fois avec Hammisagis et il a été efficace. Abumanasi l’a avalé et ça été efficace. Pour l’heure, il ne faudrait pas qu’on fasse boire mélangés ces remèdes à mon Seigneur. Il faut essayer ces remèdes de façon séparé. »

En Chine, le plus vieux livre de médecine est le Nei Jing Su Wen. Il est réputé avoir été écrit vers l’an 2700 avant JC, mais beaucoup de spécialistes considèrent cet ouvrage de la fin du 1er millénaire avant JC. Certaines de ses théories servent de base à la pratique de l’acupuncture.

En ce concerne la Grèce antique, il faut remarquer que l’Iliade cite plusieurs médecins aux côtés des Achéens. Ils sont des fils d’Asklépios. On ne sait pas si ce dernier a réellement existé ou s’il ne s’agit que d’un mythe.

 

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