( 2 janvier, 2015 )

Les Amazones du nord de l’Anatolie

Voici le témoignage de Platon au sujet de la présence, de son temps, d’Amazones autour de la mer Noire : « Je sais à n’en pas douter qu’aujourd’hui même il y a aux environs de la Mer Noire un nombre prodigieux de femmes appelées Sauromates, qui, suivant les lois du pays, s’exercent ni plus ni moins que les hommes, non seulement à monter à cheval, mais aussi à tirer à l’arc et à manier toute sorte d’arme ».

http://www.cosmovisions.com/$Amazones.htm

Strabon nous a informé que le nom de sa ville de naissance, Amasia, est dû à celui de la reine des amazones appelée « Amasis ». Avant lui, dans la même région, Hérodote a évoqué Thermiscyra, ou Themiscyra, sur le Thermodon, comme principale ville des Amazones. Je pense que cette cité était probablement l’antique Durhumit (cliquez sur le lien pour avoir plus d’informations), une place de commerce des marchands assyriens du début du 2e millénaire avant notre ère, tout aussi importante que celle de Kanès.

Ce n’est pas par hasard si la légende des Amazones se conjugue avec celle des marchands assyriens : durant l’époque hittite elle a commencé à prendre forme par des textes relatifs à la « légende de Zalpa » où trente fils de Kanès, soumis aux caprices du grands fleuve jaune, avaient été recueillis à Zalpa, au bord de la mer et donc dans la région des Amazones. Bien plus tard, de retour à Kanès, où ils n’ont pas été reconnus, ils leur avait été proposés d’épouser leurs sœurs. Ce qui constituait alors un tabou local : il était interdit d’épouser une fille de sa famille, alors que s’était semble-t-il accepté en Assyrie tout comme en Égypte.

La traduction des textes de Kanès montre que bien souvent il était alors admis que ces marchands assyriens puissent avoir une épouse dans leur pays d’origine et une autre en Anatolie, mais qu’il était mal vu qu’ils puissent épouser leur sœur. Par exemple, 161a est un contrat de mariage par achat qui stipule : « X n’épousera par d’autre femme dans Kanis, Burushattum, Durhumit ou Wahsusana. Il conduira sa jeune femme là où cela lui plaira.». De cette clause, il est possible d’en déduire qu’il n’était toutefois pas accepté qu’un marchand puisse avoir une épouse dans chaque ville d’Anatolie, mais qu’il pouvait en avoir ailleurs.

Cette facilité est peut être à l’origine de la légende des Amazones : dans cette région, des individus de tradition patriarcale en ont rencontré d’autres de tradition matriarcale. Les sociétés matriarcales d’alors étaient celles où les hommes s’absentaient pendant de très longues durées. Je pense qu’il pouvait y avoir des raisons telles que des campagnes de chasse (pour les Sauromates et les Scythes), mais aussi des guerres ou des navigations sur de longues distances.

( 25 novembre, 2014 )

Mita de Pahhuwa

Des tablettes de Hattusa (CTH146, KUB XXXII, …) évoquent un dénommé Mita de Pahhuwa. Il avait épousé la fille d’un ennemi du roi hittite d’alors. Un ultimatum rédigé par le grand roi hittite avait été envoyé à Pahhuwa pour que Mita, sa famille et des biens lui soient remis. Bien qu’un traité (XXXII 72) stipulait que Mita avait mis ses guerriers à la disposition du grand roi, Mita était intervenu en Isuwa et avait brûlé des villes du pays de Kummaha avant de rentrer à Pahhuwa. Pour cette raison, en final, Mita a été livré au grand roi et ses sujets répartis dans une quinzaine de localités, dont Sullamma (Solyma ?), Zanzaliya (Zinziluwa?), Lillima, Hinzuta, Watarusna (Wattaruwa?), Tahhisa (Tarsa?), Halma (Walma ?), ont dû prêté serment au roi, à la reine et à leurs descendants. Le texte mentionne des anciens des pays d’Isuwa, de Pahhuwa, de Zuhma, de Maldiya et l’homme de Pattiyariga. Les anciens sont généralement des hommes déplacés : aussi, les faits relatés semblent être d’importants mouvements de populations du Nord vers le Sud, notamment vers la Cilicie.

Il y a lieu de se demander si Mita n’est pas à l’origine du nom du pays « Mitanni », qui signifierait « Les fils de Mita » en Hourrite.

( 30 juillet, 2014 )

Idrimi

La biographie d’Idrimi provient de textes traduits de cunéïformes gravés sur sa statue. C’est sur le tell Atchana, en Turquie, au printemps de 1939, qu’une équipe britannique dirigée par Sir Leonard Wolley a exhumé ce chef d’œuvre d’environ un mètre de hauteur. Environ 500 tablettes trouvées sur le même tell ont permis de comprendre que la ville antique s’appelait Alalah, ou Alalakh, et qu’elle était la capitale d’un pays alors appelé Mukis.

Le statue est entreposée au British Museum :

http://www.britishmuseum.org/explore/highlights/highlight_objects/me/s/statue_of_idrimi.aspx

Une statue de Lion semble avoir accompagnée celle d’Idrimi dans un temple jusqu’à la destruction du site, vers le 12e siècle avant notre ère. Les deux sculptures constituaient sans doute l’attraction principale du bâtiment daté du 14e. Les textes semblent avoir été gravés après la création de la statue, et relatent des faits qui ne lui sont pas contemporains, antérieurs, donc, au 14e siècle avant notre ère.

Idrimi se présente comme originaire de Halab. Des combats, sans doute entre les Hourrites et le puissant royaume syrien de Yamhad, autour de 1600 av. J.-C., obligent Idrimi à se réfugier à la cour d’Emar, d’où leur mère est originaire. Pour ne pas rester serviteur dans ce pays mais reconquérir un trône, Idrimi part avec des Sutéens, nomades de la steppe, puis au Canaan plus au sud, avant de devenir chef d’une bande de Habiru, originaires des pays de Halab, de Mukis, de Nii et d’Ama’u. Après avoir construit des bateaux, il monte une expédition par la mer qui le conduit au pays de Mukis, où il s’empare de la capitale, Alalakh. Il réussit à s’y installer. Le puissant roi Hourrite, Sutarna, lui est d’abord hostile mais finit par le reconnaître comme vassal en le faisant roi. Idrimi mène ensuite des expéditions au pays du Hatti, vers le Nord, contre sept forteresses et leurs places commerciales : les villes de Passahe, Dumarut-re’i, Halahhan, Zisi, I’e, Uluzi, la capitale et Zaruna. Ainsi il bâtit « sa maison », c’est à dire son pays, qu’il administra et transmit à son fils Ada-nirari.

Par recoupement avec d’autres sources d’informations, les faits mentionnés ont pu être incorporés dans une histoire plus globale :

http://antikforever.com/Syrie-Palestine/Divers/alalah.htm

M. Sidney Smith, qui a publié, dès 1949, la traduction du texte accompagnant la statue, a identifié Passahe avec Payas, Zisi avec Issus et a fait le rapprochement d’Uluzi avec le port d’Ullasa de nombreuses fois mentionnés par le roi de Byblos dans les lettres d’Amarna, sans avoir été suivi par ses contemporains.

Je pense qu’effectivement les 7 forteresses et places commerciales du Hatti sont, pour la plupart, des ports. Idrimi explique avoir construit des bateaux avant ses conquêtes. Les forteresses semblent être listées dans l’ordre géographique suivant : de la plus proche à la plus lointaine en suivant la côte à partir du Nord de l’embouchure de l’Oronte. Les localisations des villes connues par d’autres textes sont ici précisées par sélection du lien.

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