( 3 mars, 2015 )

Histoire des actes de divorce

Dans l’Égypte antique, le mariage était le fait d’habiter sous un même toit. Le divorce était principalement consécutif à l’adultère : chez la femme du peuple cela pouvait aboutir à la condamnation à mort. Ces moments de la vie ne faisaient pas l’objet d’actes juridiques.

En Mésopotamie et en Syrie, s’étaient les hommes qui décidaient de l’avenir de leurs enfants. Comme il y avait, le plus souvent, une contrepartie financière ou matérielle, autant le mariage que le divorce faisaient l’objet d’une acte matérialisé. Toutefois, les tablettes retrouvés par les fouilles ne révèlent sans doute que les pratiques de la partie de la population la plus riche.

Voici l’exemple d’un acte de divorce, datée au milieu du 2e millénaire avant notre ère, issu de la région de Kirkouk, l’ancienne Arrapha :

Voici ce que dit Hut-Tesup, fils de Sehel-tesup : « Je me suis marié à Ummeja, fille de Ipsa-Halu, fils de Hamanna et maintenant, ici, je divorce avec cette femme Ummeja et j’ai enlevé ses vêtements de la maison, et je ne revendiquerai pas Ummeja. Et, moi-même, je donne 5 moutons à Ipsa-halu ».

Voici ce que dit « Ipsa-Halu » : « Ici même, je détruis la tablette concernant l’argent que j’ai demandé à Hut-tesup il y a quelques temps. Et je ne revendiquerais rien concernant cet argent en respect de Hut-tesup. Je prends les 5 moutons donnés par Hut-tesup et je libère Hut-tesup de toute dette. »

Quiconque des deux parties rompt cet agrément et fait des poursuites devra payer 1 mine d’argents. Témoins :

Dans « les Assyriens et leurs femmes anatoliennes », Cécile Michel a étudié les différents types de contrats de mariages et de divorces trouvés à Kanès, dans l’actuelle Turquie, au début du 2e millénaire avant notre ère. Ainsi, un marchand assyrien pouvait décider de retourner à Assur pour ses vieux jours. Il était alors à l’origine de la séparation. Il devait assurer des revenus à l’épouse anatolienne, sous la forme d’une indemnité de divorce, et assurer un avenir aux éventuels enfants.

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00667570/document

En Grèce antique, le divorce existait sous des formes diverses selon les cités, non éloignées des pratiques assyriennes : seul le mari avait le droit de répudier son épouse. Le divorce est davantage formalisé vers les périodes plus récentes : des documents légaux prennent acte du divorce et en déterminent les conséquences, notamment en ce qui concerne la dot qui pouvaient alors être restituée à l’ex-épouse.

A Rome, les pratiques étaient similaires : le mari pouvait répudier son épouse pour stérilité, tentative d’avortement, à condition de restituer la dot à la famille de celle-ci. Les femmes n’acquièrent le droit au divorce qu’au début de l’empire.

Montesquieu s’était intéressé, de son temps, à l’histoire du divorce : « On raconte partout que le premier divorce n’eut lieu à Rome que vers 234 ou 231 avant J.-C., lorsque Sp. Carvilius Ruga répudia sa femme […] Sp. Carvilius fut le premier qui, divorçant en dehors des circonstances prévues par la loi de Romulus, trouva moyen de se dispenser de restituer à sa femme l’équivalent de sa dot. Il y échappa en prétendant qu’il s’était marié pour avoir des enfants et que sa femme était stérile, et il en profita pour ne pas lui restituer sa dot. »

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